Jean Portante

francoščina

Daniel Samoilovich

španščina

extrait de POINT DE CHUTE

JE PENSE À CETTE FUMÉE qui tombe et ne parle pas
de chute mais d'adieu
comme quand part de ta main le cerf brûlé
ou le feu du jardin que toujours tu réanimes

et aussi à la locomotive dans ma tête
qui dévore le charbon

colonne de tristesse montant très haut ou très noire
ou plus noire encore

est-ce ainsi qu'ont bougé en moi
l'animal brûlé le sentier carbonisé la forêt calcinée
le retour vers du plus loin avec des mots de charbon

et dire que toujours quelqu'un retrouvera
en cela ce miroir qui de la vie reflète
la mort de la mort la mort encore

comme si une corde commençait à chaque mot
comme si tant de charbon ne blessait
que qui ne sait plus tomber

comme si monter si haut brûlait la corde
pas le charbon


JE PENSE À MA NUIT SI LONGUE plus longue qu'un siècle
ou à mon train sans ailes sur l'amour des rails

est-ce cela qui m'attend
ou plutôt l'eau dure de mon fleuve

ou mon fleuve à escorter jusqu'à la mer

ou mon fleuve qui comme ma nuit ou mon siècle
mènent ou non au train de mes souvenirs

ou ces autres fleuves moins étroits
et ces autres nuits
et ces autres siècles avec leurs hommes mouillés
et leurs femmes mouillées

ou mon fleuve encore ou ma nuit ou ma mer
ou mon siècle
qui gèlent et brûlent les bateaux comme si
au beau milieu de l'eau s'éternisait la guerre

ou cette question que regrettes-tu
sinon d'avoir lutté trop tôt
ou trop peu
ou ma feuille de papier ou de nuit
avec deux bords comme chaque siècle

ou au beau milieu de la cuisine ma table bavarde
et mes chaises

ou ma nuit parlant dans la cuisine
avec mon train du sud

ou mon train du sud qui blanchit
les murs des maisons

ou mon train du sud qui descend

ou comment descendre plus
bas que mon sud


TOUS LES FEUX SONT ÉTEINTS et le vent un certain vent
comme quand parle l'essoufflement ou la soif
ou le ciel oblige au tâtonnement
le long des maisons
au porte à porte bois fatigué de brûler
que sait-il de l'aveuglement

la nuit tombe non loin de là
et nous la veillons comme on veille
une ombre qui descend
ou un manteau que l'on met
ou qu'on jette ou qu'on donne

ou un rideau qui tombe quand l'histoire est finie
et qu'applaudissent dans la salle
et partent les mille dernières mains
mais que fais-tu dans cette nuit si parfaite

que faisons-nous sinon nous rapprocher
de l'arbre aux cerises noires
de la colline aux arbres noirs
du paysage aux collines noires

© Éditions phi, 44 rue du Canal
L - 4004 Esch-sur-Alzette, Luxembourg
www.phi.lu
Iz: Point. Poèmes
Esch-sur-Alzette, Luxembourg: Éditions PHI, 1999
ISBN: 2-87962-113-5
Avdio produkcija: 2000 M. Mechner, literaturWERKstatt berlin

[PIENSO EN ESE HUMO]

PIENSO EN ESE HUMO que cae y no habla
de caída sino de adiós
como cuando parte de tu mano el ciervo quemado
o el fuego del jardín que siempre reanimas

y también en la locomotora en mi cabeza
que devora el carbón

columna de tristeza subiendo muy alto o muy negro
o más negro aún

y así es que se han movido en mí
el animal el sendero carbonizado el bosque calcinado
el retorno hacia muy lejos con palabras de carbón

y decir que siempre alguien encontrará
en esto el espejo que de la vida refleja
la muerte de la muerte la muerte aún

como si una cuerda empezara en cada palabra
como si tanto carbón sólo lastimara
al que ya no sabe caer

como si subir tan alto quemara la cuerda
no el carbón

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