Pierre Guéry
Vous pouvez lire ce poéme dans les traductions suivantes:
Alien-Nation (Allemand)
Alien-Nation
mécanique de parole pour la scène
oui par contre je veux dire autre chose je veux te demander : pourquoi l’âme héroïque frappe pourquoi l’Amérique frappe régulièrement pourquoi elle frappe l’- l’âme ? pourquoi elle frappe l’Amérique pourquoi elle frappe et- et pourquoi ? oui pourquoi toi tu lui demandes rien elle frappe et toi tu demandes rien alors qu’elle elle frappe tu lui demandes rien elle frappe elle veut tout du monde entier tout du monde entier elle dit elle dit tout du monde entier elle dit elle- dit non elle dit elle dit elle- dit non elle chante oui elle chante c’est ça elle chante puisqu’ils chantent ils chantent « we are the world we are the children » tu as des enfants toi ? « we are the world » et on est tous des frères c’est sûr on est tous des frères dans le world et même- même les les- même les comment ? même les pacifiques même les pacifiques les- oui oui les pacifistes les pacifistes les pacifiques je suis avec eux je suis avec eux quand ils sont pour la paix je suis avec eux quand un pafachiste est pour la paix je suis avec lui s’il ne me veut pas de mal je suis avec lui ah oui ! s’il est pour la paix oui s’il ne me profane pas pourvu qu’il ne me profane pas qu’il ne profane pas mes morts s’il ne profane pas mes aïeux s’il ne les trépane pas alors je et s’il ne piétine pas leurs paroles alors oui ! je suis dans le world je suis dans le- tu as des children toi ? tu as mis des children dans le world toi ? pourquoi ? pourquoi tu as fait ça pourquoi tu le sais ? tu le sais pas je sais pas moi tu l’as fait alors pourquoi ? c’est pacifique ça ? tu crois que c’est pacifiste ? c’est pas citrique de mettre un children qui are le world et suce l’acide ? parce que moi je crois pour la paix du chicken moi je dis c’est mieux c’est ça - non mais je sais qu’on dit je crois A la paix mais moi je dis je crois POUR la paix - laisse moi parler ma langue steuplaît- mais sinon je suis dans le world on est tous des frères des petites sœurs des frères et des sœurs et des petites frères des frères et des sœurs tra la la la la si on s’essuie pas les pieds sur nos paroles si on s’ennuie pas dessus parce que les ancêtres nos ancêtres ils ont dit que- les ancêtres ils veulent parler ils veulent dire qu’ils ont pas eu le temps ils ont pas eu le temps de parler de tout dire parce qu’il y a trop de bruit - moi je veux être tranquille y a trop de bruit partout dehors moi je veux juste qu’on me laisse tranquille j’écoute les aïeux ma parole je les écoute mais y a trop de bruit y a trop de cris dans le world tu écoutes les enfants toi ? les enfants qu’est ce qu’ils entendent si tu les frappes - non mais laisse moi parler qu’est ce qu’ils entendent ? ne me coupe pas la parole tout le temps toujours tu me- toujours tu me coupes c’est pas bien toi quand tu parles tu fais comme l’Amérique tu la coupes à t- à tout le monde à tout le monde entier tu la coupes c’est p- c’est pas bien il faut pas couper le world qu’est ce qu’ils entendent si tu les frappes quand tu coupes moi je leur demande rien je veux juste être tranquille qu’on me laisse tranquille avec les esprits - attend écoute non mais écoute : je veux te parler sérieusement je vais te parler furieusement de la paix parce que - quoi les esprits quoi les esprits ? les esprits ils te chantent la paix c’est nos frères ils nous chantent la paix si tu changes le disque ils nous chantrent la paix c’est pas les enfants c’est pas les enfants qui chantent c’est nos frères ton père ton grand-père ta mère c’est ta mère qui te chancre we are pas le world ta mère elle chante tu es toi tu es ton pays tu vis sur la terre tu partages on vit sur la terre avec les esprits alors tu partages tu partages ta terre TOUTE la terre tu la partages avec tes frères avec- tu partages avec les esprits tu- tu COUPES pas tu coupes PAS la parole aux esprits tu ECOUTES si tu écoutes ils te chantent la paix pas la paix dans le world c’est pas ça non la paix c’est pas le world la paix c’est- la paix c’est dans ta rue c’est dans la maison quand il y a du pain c’est quand tu as mangé et il reste encore du pain tu vois tu peux venir et il y a encore du pain pour toi il y a du pain pour les esprits alors les esprits ils viennent à la table et ils parlent ils mangent le pain et ils parlent les esprits ils te racontent la terre ils te racontent le blé la farine la farine ils te roulent pas dedans ils te la racontent ils te disent d’où vient le sel ils te décomptent ils te chantent l’origine de l’eau parce que ils savent EUX ils savent toi tu donnes le pain et eux ils parlent et toi toi tu PARTAGES la parole tu écoutes après tu donnes aux children après tu expliques mais si y a pas de pain chez la voisine ça marche pas ça peut pas marcher y a trop de bruit c’est pas tranquille moi je demande qu’ils me laissent tranquille il y a trop de bruit parce que la faim ça fait beaucoup de bruit ça couvre la voix des esprits ils te parlent le blé et ça leur coupe la parole la famine face au fric ça fait trop de bruit je peux plus écouter la paix ça marche plus les esprits j’entends pas quand ma voisine elle prie j’écoute plus je vois que le pain kyrie eleïson la parole elle fait glou glou au fond de l’évier y a pas de vaisselle y a que les cris j’entends la voisine par le robinet elle gueule pis dans le world personne entend c’est juste dans mes tuyaux et je sais que c’est pas les esprits dans la salle de bains non plus je fais la différence te fous pas de ma gueule je la sais la différence c’est pas les esprits moi je prends les médicaments je fais la référence la voisine elle crie elle chante pas le world ma voisine elle geint dans le robinet elle a même plus l’air dans le robinet elle connaît pas la chanson des- les children elle connaît pas elle prend le robinet comme ça tu vois et comme ça et là elle geint tu sais ce que ça veut dire je geins Seigneur? non mais attend moi je dis des mots je sais je parle langue française tu crois quoi ? je te dis la langue française te fous pas de ma gueule je te parle avec toi Victor Hugo que tu vas t’évanouir ma parole tu- que tu vas tomber dans les dunes tu vas rouler sur le sable de mon désert si je te dis les mots la voisine la voisine geint dans les ouaterres-closettes moi franchement la voisine je te parle au net honnêtement je la supporte pas elle m’empêche je peux plus la supporter tranchement je ferme le robinet je mets les boules qui est-ce et j’essaie les esprits j’attends la paix mais je prends les médicaments je les prend méticuleusement tous les jours tous les jours je joue le tour mais je dis pas non aux esprits vas y dégage rentre chez toi je leur dis ENTRE entre entre avec nous deux assied toi assied toi là on va discuter chez moi y a pas qu’une chaise tout le monde s’assoit je laisse même le fauteuil si il faut je leur laisse même à la voisine je lui dis entre tais toi cinq minutes s’il te plaît madame cinq minutes tu veux la paix ? écoute l’esprit cinq minutes écoute madame ceux qui sont plus là ils parlent encore et y a pas de frontière dans ma chambre y a pas de frontière dans ma tête y a pas de frontière le world il a effacé et pourquoi l’Amérique toujours elle te frappe toujours elle t’efface ? oh please ! PLEASE voisine ! écoute un peu : les esprits vont te dire quelque chose Brama Krishna tu as pas besoin d’apprendre la langue du world c’est bouillie juste tu CASSES le transistor Brama Krishna Kalachnikov ta radio tu la PETES et tu vas voir la transition ça va te brancher sur les bonnes ondes positiven vibrationen arrête le robinet ARRETE madame fais le ta ta ta tam tam avec tes mains applaudis l’esprit qui vient vas y essaye ! fais le tam tam avec ta bouche sois son amie t’as pas besoin d’apprendre cette langue t’as pas besoin de la savoir COUPE l’américangliche COUPE le robinet du world et ouvre la bouche vas y OUVRE la bouche et fais sauter le bouchon tire sur ta langue -laisse moi tranquille toi- vas y tire dessus et regarde moi dans les yeux tu vois ? qu’est ce que tu vois ? tu vois pas le nœud ? tu vois pas qu’il y a un nœud au milieu de ta langue - non mais laisse moi finir laisse moi j’ai pas fini de dire le nœud- le nœud il y a une langue au dessus et- en dessous aussi tu vois tu entends ? arrête de bouger le nœud tout le temps on comprend pas ce qu’il dit si tu le bouges tout le temps le nœud il te remonte dans les oreilles tu le vois le nœud maintenant ? oh madame ! tu m’entends ? le nœud ! tu le vois ? bon je suis pas- moi je suis pas docteur mais je sais ça : je sais que de la langue on en voit qu’un petit bout là nndu woua odtssu et ben il y a tout ce qu’on voit pas tout ce qui parle pas et nà endtssou ne nœud et ben la langue elle coule plus seulement elle geint dans ta bouche seulement elle geint parce que le sang de la langue d’en haut il- il coule plus dans la langue d’en bas qui te sort de la bouche il coule plus le sang du cul de ta grand-mère tu m’entends madame ? l’esprit est en train de te dire quelque chose Vishnou Shiva il y a que la geinte qui coule seulement la geinte Vishnou Shiva et Moloch parce que ta grand-mère pour rester vierge avant mariage le nœud c’est dans le cul qu’elle l’a eu elle te l’a jamais dit voilà je m’en doutais que ton Dieu dans un même souffle prenne son âme et son cul je dis pas n’importe quoi qu’est ce que tu crois que je t’insulte ? je prends les médicaments tous les jours je donne le pain aux esprits les esprits c’est des oiseaux si tu leur donnes tes miettes ils te mangent dans la main ils te cui-cuitent les secrets à moi ils me cui-cuitent parce que j’écoute j’écoute ce qu’il y a AU DESSUS de la geinte Moloch et ton Dieu de vengeance je l’éructe j’écoute le sang de ton grand-père ça coule aussi de son vieux cul parce que OUI ! avant la libération le capitaine Eugène il lui a mis sa gégène ah ça te la coupe - laisse moi finir Moloch! ça doit pas te la couper ça doit pas au contraire c’est ça qu’ils racontent les esprits de ma chambre c’est pas- c’est CA ! si tu prends les médicaments tous les jours tu te calmes la geinte dans ton ventre tu la calmes et tu écoutes ils te disent mais il faut donner le pain si tu donnes pas c’est le world qui te prend même si tu manques même si toi-même tu manques il faut donner le pain c’est pas moi qui le dis c’est le- c’est le livre qui le dit parole de nos anciens c’est dans le livre que c’est dit le livre il dit que même si tu es dans le besoin tu donnes de ton pain tu fais l’aumône à celui qui demande tu fais l’aumône surtout si c’est un frère loin de chez lui Moloch tu t’arrêtes et tu regardes ne fais pas semblant de pas voir tout le monde sait que tu as vu lui il sait et toi tu sais alors fais pas semblant arrête toi et regarde ton frère parle avec lui in harmony tu le regardes et tu souris in harmony t’as pas de pain à lui donner et alors ? tu peux pas lui offrir tes yeux tu peux pas donner de ta bouche ? tu peux pas lui donner une parole l’aumône d’une parole ? tu peux pas lui tendre la main lui prendre la main la garder dans ta main et après tu chantes le world et les children ? mais elle est où la frontière si tu peux pas prendre sa main si tu peux pas toucher son bras ? elle est où ta frontière ? tu veux mondialiser les children et tu peux pas faire craquer une seule miette de ton cœur sur le rebord de ta fenêtre tu peux rien mettre elle est où la frontière ? tu vas les mondialiser comment les children si tu peux pas frotter ta peau sur celle de ton frère parce que tu crois quoi Kyrie Eleïson je te sonne tu crois que si tu passes ta peau sur la peau de ton frère en dessous ça va te mettre le corps en morceaux tu as peur de quoi ? t’as peur qu’un lambeau de son corps prenne la place d’un coin du tien ? je te pose la question furieusement : c’est quoi ta frontière ? elle est pas trop près de ta peau ta frontière elle est pas sur le nœud de ta langue elle est pas dans la parole des anciens sur la Terre ? alors ? ? mets un peu de COEUR dans ta cervelle mets un peu de cœur parce que ta cervelle elle est pas comestible coupe le transistor et fais la transition mets un peu de cœur mets un peu de PEAU dans ton regard sors la tête de ton sac et crache un peu d’esprit quand tu rigoles ouvre le trou le trou de mémoire ouvre le trou OUVRE LE laisse couler la langue laisse couler tu vas voir ça va te naviguer laisse chuchoter les esprits parle à ton frère in harmony la langue tu vas voir c’est comme les chiens en laisse quand elle a envie de pisser c’est elle qui tire ta laisse c’est pas toi qui décides où elle pisse elle pisse où elle veut c’est pressant tu peux pas lui dire de se retenir si tu lui dis pisse pas là pisse pas là pisse pas là non plus elle va te pisser dessus elle va te pisser dans la bouche elle- et quand tu ouvres la bouche ça sent l’urine ça sent le sang caillé du cul de ta grand-mère de la grand-mère de ma voisine qui est toujours dans la geinte où il n’y a pas de mots elle a que la geinte qui lui siffle entre ses dents cassées que la geinte qui prend son élan depuis son ventre que la geinte de son ventre qu’elle a gratté pour pas donner la vie à sa fille pour pas lui donner une vie de morte comme la sienne raconte madame raconte ! arrête la geinte et donne ta grogne ! fais grogner l’esprit de ton grand-père parti derrière la frontière et qui n’est jamais revenu n’a plus donné de nouvelles fais grogner l’esprit de sa femme qui n’avait que vingt ans et a élevé seule ses six enfants raconte madame raconte ! arrête le robinet et raconte ! PETE la radio du world et raconte le TIEN dis nous comment même pour faire des ménages il a fallu que tu couches avec les patrons qui sont devenus les patrons de ton con les patrons de ton trou LAISSE parler le trou ! LAISSE le dire ce qu’il a vu raconte ! arrête de respecter les secrets faconde aux esprits les secrets pourrissent en eux-mêmes si tu te tais si tu bâillonnes être le secret ça t’a pourri ta vie ça t’a broyé ton karma sutra ça te- et ça continue avec tes fils ça continue : celui qui tend sa bite pour acheter sa came tu crois que je l’ai pas vu tu peux dire que t’as rien vu ? celui qui est devenu balance sous la menace des flics pour pas finir au cachot tu crois que j’ai rien entendu tu peux dire que t’as rien su ? il dit qu’il pique pas qu’il se pique pas et qu’il s’étouffe quand il fume il dit qu’il dit rien parce qu’il sait rien mais les fachos l’obligent à dire quelque chose ou quelqu’un alors il lance il lance un nom deux noms ou dix noms il- il balance ceux qui vendent la came à son frère parce que ceux qui font le ménage dans le vagin de sa mère il peut pas il peut pas les balancer c’est les- c’est les mêmes les mêmes que ceux du world et qui veulent les children le secret c’est comme le son ça pourrit en soi si ça sort pas ça nourrit pas si ça fait pas d’écho si ça fait pas d’uppercut à l’amertume - moi je prends les médicaments je les prends- je les prends et je sécrète je sécrète je sécrète je laisse couler laisse couler va va va ! VA la parole qui dit quelque chose qui effeuille les pétards de ta rose VA la parole qui pisse dru et te glisse dessus VA la salive qui t’évapore et t’accouche VA le mot qui se condense qui te transe VA la trace sur ta peau qui te- QUOI ? quoi keskiya keskiya quelle esquive il y a ? ça t’emmerde que je te dise ça ? ça fait des taches sur ta chemise des auréoles qui- des auréoles qui sentent pas bon sur le nylon ? c’est pas joli ce que je dis c’est ça ? non c’est pas joli c’est pas- c’est pas décent je ne suis pas décent je- je sens pas bon hein je sens mauvais je sens le renfermé hein je sens le ring qui est dans ma tête mais PAS K.O je suis PAS K.O je suis pas K.O parce que tu sais quoi ? je reprends les esprits oui madame ! je reprends les esprits pas les miens non pas les miens je reprends les esprits du MONDE oui les esprits de l’AUTRE les esprits du temps passé qui ne passe pas qui est coincé esprits du temps de l’autre de ses jours et de ses nuits où je m’enfuie esprits qui rôdent sans corps sans tête et sans bras comme une odeur d’errance esprits aux ailes de l’effroi qui planent dans les vapeurs de la putréfaction esprits d’ordures et de déchets esprits carton esprits plastiques esprits verres tissus bouteilles esprits téléguidés esprits des rats et des oiseaux esprits du poil et de la plume et- ondes de voix et d’idées ondes de rêves ondes de sons et de matières ondes réelles cris de cauchemars ondes ondes ondes ondes ondes ondes ondes des mondes qui grondent ondes passagères que j’éternise ondes brouillées que j’éclaircis que je recycle que je donne donnedonne donnedonne donnedonne redistribue redistribue tout ce tribut à vos tribus ondes à vomir que je te donne prends c’est à TOI ondes du vert de tout le bleu qui est à nous PRENEZ prenez ce qui me viole et que je rends PRENEZ prenez en moi comme vous priez Dieu oui VOUS ! vous en qui Dieu s’est enfilé par la fente de vos culs et par le trou de vos nombrils et qui vous donne sa voix que vous n’entendez pas et qui vous donne son nom pour le gémir et qui vous vole le vôtre pour y dormir peinard le soir quand tout est calme et que la bête dort Moloch et qui vous vole vos ans et tous leurs sentiments et qui vous brime la joie vous fait claquer des dents qui vous dérègle l’horloge et qui vous pousse au festin et vous ne sentez pas que les siècles s’écoulent et- qui vous obstrue le nez par où aussi il Saint-Sinus vous rendant ignorants des odeurs riches de vos poubelles qui sont les seules à crever sans aucun commentaire par la fente de vos culs celui dont le nom est si sacré s’est engouffré en disant NON ! cet endroit est interdit cette zone est réservée seul moi y ai le droit de décharger moi seul en occupe la brèche et son envers moi seul y fourre la tête pour vous assommer de mon NOM et jouir de vos lamentations le long des murs infranchis moi seul en contrôle la fissure moi seul Jehova MOI SEUL je passe le doigt à cette bague qui vous lie MOI SEUL en connaîtrai la chaleur - de cette fente sans écho où pisse le vin aigre des revanches où reniflent les chiens qui n’ont plus de vos larmes pour se désaltérer où résonne la rumeur des grandes foules muettes se roulant dans la glaise cette rumeur pourtant elle vous suit partout sans pouvoir vous défaire de votre boue vous défaire elle vous suit pourtant le long des fosses communes de vos communes elle coule sur les ronces de vos plaintes et les orties de solitude au cœur des pétales de la famine vautrée à l’ombre de vos recoins et cette ombre après vous vous y laissez vos enfants le long des routes de poussière offerts aux écorchures aux insultes et à la haine offerts au fric et aux matraques des barrages incapables de revenir aux sépultures souillées de vos ancêtres qui n’ont pas fini de parler non et de dire la trahison comme bêle le sable comme râlent les malades dont vous battez les flancs au lieu de prendre leur peau de la bercer et la mouiller d’un soupçon oui mais d’un soupçon de désir et que vous poursuivez en disant qu’ils vous gênent c’est ça en disant qu’ils vous gênent les pauvres fous pauvres fous voilà madame ! voilà ce que je dis : la vérité la vérité que je sue la puante vérité goutte à goutte que je gerbe goutte à goutte un mot après chaque mensonge un mensonge dans chaque mot et la honte mot à mot la honte qui suinte et qui sèche au lit du temps trépas à la lie franche du temps fonte trépas reformation de la honte et j’en brouille les pistes et contre l’usure de moi-vérité j’ouvre bien tous mes trous à la langue qui fouille aux voix profondes des djinns aux sons de leur savoir entre deux tas d’ordures viens madame c’est pas trop tard vas y ENTRE dans le bain au hammam de ton histoire Allah LAISSE la vapeur t’envelopper Allah LAISSE ramollir ta geinte et MACHE ta langue Allah tu veux mourir madame ? c’est tout ce que tu sais dire au toubib que tu veux mourir ? -docteur donne moi les pilules qui font mourir s’il te plaît- tu prends les pilules et tu t’en vas tu vas laisser tes children ta voisine et ton chien tu vas laisser tes fils avec la geinte dans leurs couilles coupées qui leur remontent à la gorge et leur ficelle la luette tu veux mourir sans avoir parlé ? sans avoir reçu sans avoir joui sans avoir dit ce qui gang-règne ? tu veux partir sans écouter les esprits ELLE VEUT MOURIR LA MADAME dans son pays castré mesdames messieurs la société la madame veut nous QUITTER ! l’infidèle veut partir dans l’autre monde elle ne veut plus de son pays qui s’efface qui s’efface qui s’efface dans le world quand l’Amérique frappe quand l’Amérique frappe dans le world elle en veut plus elle en peut plus des rodéos des vidéos et des cycles du sang qui boue dans ses petites reliques qu’elle lèche et qu’elle adore elle en veut plus elle en peut plus de ses patrons qui la labourent à sec et de sa propre voisine qui geint tout le temps et qui pleure qu’elle a bien fait son temps qui n’était pas un bienfait de ses fils à ramasser à nourrir et à rafistoler à rustiner comme des pneus pourris de bicyclette qui déraille pour qu’ils repartent piquer se piquer balancer se faire foutre par des fachos dans des cachots ELLE EN PEUT PLUS DES MORTS-VIVANTS ! elle dit docteur tuez moi parce que moi déjà je suis morte Allah je veux pas vivre dans le world et j’ai plus de jardin Allah l’écharpe de la paix me faites pas rigoler c’est au COU que je me la fous ! voilà ! voilà ce qu’elle dit la simple madame voilà ce qu’elle dit mesdames messieurs la société mesdames messieurs les assistants vous assistez ! vous assistez à son épuisement vous assistez à son écoeurement à sa langue qui pend voilà à son cul qui se fend voilà à son ventre qui rend voilà à sa bouche qui se tend voilà à son aîné qui ment voilà à son cadet qui ment voilà à son chef de gouverne qui ment à son enterrement vous assistez à son enterrement vous assistez vous assistez A QUOI assistez vous VRAIMENT ? (Texte de la performance donnée le 9 juin au poesiefestival Berlin 2010)



