Linda Maria Baros
Dieses Gedicht liegt in folgenden Übersetzungen vor:
Dreifache Brücke. Der Verschluss des Scheitelauges (Deutsch)
Triple pont. La culasse de l’œil pinéal
C’est comme si, coupé en trois, tu voulais traverser la douce rivière Ljubljanica, acculer au bout du pont la créature écailleuse du parvis qui tourne là-bas, sur place, comme une tronçonneuse circulaire. Mère, en pleurs, une sacoche de légumes dans les bras. Peut-être ramasserait-elle par terre, avec les mains, la chair qu’on a râpée de tes os. L’œil fermé, pinéal. Mère, elle saurait comment une larme s’arrondit en toi, blottie comme un fauve, selon les lois de la plus petite surface sur laquelle peut s’étendre la douleur. Comment une larme tourne là-bas, sur place, toujours sombre, comme une foreuse, ce tourbillon de sang dont tu as réchauffé les marches de la cathédrale, les murs, la cadence du tir ; une larme dans laquelle mère lave longtemps, comme pour un fils perdu, les ongles arrachés, les plantes des pieds. Derrière, il y a le pont triple : au long duquel tu t’en vas, si tu t’en vas, au long duquel tu viens, si tu viens, au long duquel tu t’en vas. L’œil fermé, pinéal. Sa culasse.



